L’Étendard Plébéien n°1 — L’école en crise, la pédagogie en question (2026/1)

L’école en crise, la pédagogie en question : un enjeu pour le XXIᵉ siècle.

É D I T O R I A L

Fléchissement des résultats des élèves, déclin de la vocation enseignante, insécurité en milieu scolaire et violences juvéniles, faiblesse des moyens alloués : la crise de l’école ne peut plus être ignorée. Le diagnostic n’est pas nouveau, mais il semble aujourd’hui de plus en plus difficile à cerner. Doit-on parler d’une crise des savoirs, de l’autorité, du sens ? Toutes ces formulations coexistent sans nécessairement s’articuler, au risque de céder à un sentiment d’évidence sans véritable compréhension.

Face à la déliquescence des instances éducatives, les réponses proposées prennent souvent la forme de réformes techniques. Cependant, une telle crise ne saurait justifier que l’on en reste à une appréhension superficielle du phénomène. Pour cette raison, nous privilégions l’exploration d’une autre voie qui consiste à replacer la question fondamentale de la pédagogie au centre de l’attention. Non pas comme simple ensemble de méthodes didactiques, mais comme réflexion sur ce que signifie instruire, éduquer, transmettre. 

Cette interrogation trouve un robuste point d’appui dans l’article, publié antérieurement et repris dans ce numéro, consacré à la falsification du baccalauréat, et plus largement, à la dégradation de l’école. En mettant en évidence les pernicieuses transformations des modalités d’évaluation et leurs effets, les auteurs de ce texte ne se limitent pas à dresser un constat critique élémentaire : ils invitent à interroger les finalités mêmes de l’institution scolaire. 

Ce dossier s’ouvre ensuite sur un retour aux grandes figures de l’Éducation nouvelle, mouvement qui, du tournant du XXe siècle jusqu’à l’entre-deux-guerres, a fortement contribué au renouvellement de la pensée pédagogique. De Jean-Jacques Rousseau à Célestin Freinet, en passant par John Dewey, Maria Montessori et bien d’autres, ce texte offre une représentation globale d’un vaste courant, structuré autour de certains principes nodaux tout en demeurant d’une grande richesse de nuances, dans ses mérites et ses insuffisances. 

Mais ces principes ne prennent sens qu’à travers leurs mises en œuvre concrètes. « L’Éducation nouvelle au Mexique : d’une utopie révolutionnaire à une politique d’État » constitue une étude de cas consacrée à une expérience mexicaine d’Éducation nouvelle, et montre combien ces modèles sont redéfinis par les contextes sociaux, politiques et nationaux dans lesquels ils s’inscrivent. 

À rebours des conceptions parfois univoques de l’Éducation nouvelle, l’approche pédagogique de Makarenko introduit une tension essentielle. Chez lui, l’intervention éducative ne se pense pas à partir de l’individu, mais de la collectivité, de l’activité productive et de la discipline. Dans son « Portrait », l’auteur nous invite, par le truchement de l’œuvre makarenkienne, à reposer le problème du rapport entre éducation et projet de transformation de la société. 

Le dossier propose également un retour aux textes, avec deux contributions dédiées à Marc Bloch et à Jean Itard. Ces documents, que nous faisons précéder de brèves présentations, permettent de resituer les débats pédagogiques au sein d’une histoire plus longue, où se croisent réflexion sur l’enfance, sur l’apprentissage et sur les conditions mêmes de la transmission de toute culture. 

Les comptes rendus portant sur Nadejda Kroupskaïa et plus particulièrement sur l’ouvrage Des enfants instruits de Denis Kambouchner prolongent cette réflexion en direction du présent. Ils mettent en lumière des lignes de tension d’une actualité saillante entre instruction, émancipation et finalités sociales de l’école. 

Enfin, un entretien avec le sociologue Raymond Debord ouvre une perspective plus large. En déplaçant de manière décisive notre regard vers la question de la crise démographique, et en prenant le contre-pied des lectures dominantes — souvent marquées par le relativisme ou par des préoccupations écologistes et malthusiennes —, il met en exergue l’ampleur et la profondeur du déclin des naissances dans les sociétés contemporaines, ainsi que ses déterminants structurels. En articulant transformations du mode de production, recomposition des formes familiales et évolution des rapports sociaux, cet entretien rappelle que la crise de l’école ne saurait être pensée indépendamment des dynamiques qui affectent l’ensemble du corps social.

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