Anton Makarenko (1888-1939) : portrait d’un pédagogue dans le cadre révolutionnaire russe (suite et fin)

L’EXPÉRIENCE ÉDUCATIVE DANS LE CONTEXTE DE LA « CONSTRUCTION DU SOCIALISME1 »

« [Makarenko] part de l’idée que la première tâche pédagogique est de rendre à l’homme la joie en éveillant sa conscience, en l’amenant à une attitude plus juste dans l’organisation de sa vie. Son mot d’ordre sera de rendre “l’homme heureux”, de le guider vers des perspectives toujours plus belles. Gorki lui offre dans l’histoire de ses héros, les meilleures leçons d’humanisme et d’optimisme ». – LÉZINE, Irène. A.S. Makarenko, pédagogue soviétique (1888-1939). Paris : Presses Universitaires de France, 1954.

La Colonie Gorki (1920–1928).

« À six kilomètres de Poltava, deux cents hectares de pins couvrent les collines de sable qui bordent la grande route de Kharkov, au pavé net et luisant d’un morne éclat. Dans ces bois il est une clairière de près de quarante hectares. À l’un de ses coins sont disposés cinq cubes de brique aux proportions rigoureusement géométriques. Ainsi se présente la nouvelle colonie pour jeunes délinquants ». Ces lignes du Poème pédagogique2 esquissent le paysage dans lequel Makarenko et ses colons vont s’installer pour une durée de six ans, sur les vestiges d’une ancienne colonie pénale réservée aux mineurs datant d’avant la révolution. En dépit de la subvention que lui octroie le Département de l’Éducation, le lieu se caractérise par une indigence notable : les bâtiments sont délabrés et vandalisés, les équipements ont été volés et un important volume de débris doit être évacué. L’acte pédagogique originel fut la reconstruction et la remise en ordre de la colonie pour la rendre habitable et conforme aux standards de vie d’une collectivité enfantine digne. Une fois les dégâts réparés et les traces de pillage effacées, toute l’attention éducative put se tourner vers la rééducation des pupilles3.

Âgés de 15 à 18 ans, les pionniers4 de la colonie portent les stigmates d’un vécu accablant et tragique d’enfants livrés à eux-mêmes en pleine période de la Guerre civile. Généralement associés à des actes de vol ou de violence, l’agressivité, la désinvolture et l’insolence sont devenues chez eux, par la force des choses, une manière de vivre quotidienne. Quoi qu’il en soit, Makarenko estime qu’il n’y a aucune fatalité en matière de pédagogie : « il n’existe pas de criminel né, aucun caractère difficile de naissance5 ». Au demeurant, la règle sera de ne pas investiguer sur les antécédents délictueux des nouveaux venus, si bien que « l’un des principes pédagogiques fondamentaux et non négociables de Makarenko était d’enterrer complètement le passé des colons, en particulier leurs délits. Ce qui l’intéressait, ce n’était pas leur passé, mais leur avenir6 ». 

Écarter délibérément le parcours juvénile crapuleux de l’équation pédagogique comporte l’avantage de favoriser les conditions de l’intégration d’un individu dans la collectivité et de fixer des objectifs éducatifs plus ambitieux. La Colonie Gorki ne se conçoit pas comme un simple centre de réhabilitation sociale où l’éradication de la délinquance est un résultat final dont on se satisfait. Le but poursuivi est de foncièrement parvenir à la formation intégrale de l’homme et l’instruction complète du citoyen. En revanche, il est primordial de garder à l’esprit que traiter les membres de la colonie comme des enfants ordinaires ne les rend pas pour autant identiques aux autres. Pour cette raison, le stade préliminaire de l’action de Makarenko auprès des pupilles se heurte à de nombreux obstacles et suppose un cadre normatif souple et gradué. Par exemple, déclare-t-il, « je n’exigeais pas des membres de ma première collectivité qu’ils ne volent pas. Je me rendais compte que, les premiers temps, je ne pourrais les convaincre de rien. Mais j’exigeais qu’ils se lèvent quand il fallait et fassent ce qu’il fallait. Mais ils volaient et pour le moment je fermais les yeux7 ». Makarenko ne se nourrit d’aucune illusion et ne débute qu’à partir d’attentes réalistes qui laisseront place à un plus haut niveau d’exigence par la suite. 

Malgré cela, le pédagogue soviétique s’apprête à endurer une séquence hautement redoutable. Un jour, saisi par la désolation et le tourment que lui cause le travail laborieux à la colonie, Makarenko frappe un pupille regimbeur. Cette scène de détresse est narrée dans le Poème pédagogique : « Un matin d’hiver, je demandai à Zadorov d’aller couper du bois pour la cuisine. J’entendis sa réponse habituelle : 

— Vas-y donc toi-même : vous êtes bien assez ici. 

C’était la première fois qu’il me disait “tu”.

Outré de l’affront, au point de rage désespérée où m’avait poussé l’expérience de tous les mois passés, je brandis le poing et en frappai Zadorov sur la joue. Le coup fut violent, car il ne tint pas sur ses pieds et s’écroula sur le poêle. Je le frappai une deuxième fois, le saisis au collet, le relevai, et le frappai une troisième8 » (souligné par nous).

Pour la première fois de sa vie Makarenko brutalise un homme. Cet épisode lui vaudra immanquablement d’être accusé de promouvoir les châtiments corporels, ce qui est une déformation profonde du sens de ce récit. Celui-ci illustre non seulement un événement déplorable au regard de Makarenko, mais surtout une appréciable sagesse que le jeune Zadorov va manifester. L’après-midi, alors que l’atmosphère pesante et les effets de la dispute n’ont pas encore été dissipés, nous apprenons en poursuivant la lecture : 

« Zadorov vint à moi, avec la bouille la plus sérieuse du monde : 

– Nous ne sommes pas si mauvais. Anton Semionovitch ! Tout ira bien. On comprend…9 ».

Autrement dit, au terme de cette altercation, un grand pas a été franchi dans l’acquisition du respect mutuel et de la discipline qui dérive non pas de l’acte où Makarenko a levé la main sur son pupille, mais précisément du moment où ce dernier a compris l’état dans lequel le pédagogue s’était retrouvé pour tenter de lui offrir une éducation, et lui a tendu une main ouverte10.

Dans les réalisations pédagogiques de Makarenko, le rôle éducatif du travail se conjugue avec une logique productive : « je ne me représente pas à présent l’éducation par le travail des communards hors des conditions de la production. […] Je suis convaincu en tout cas que le travail qui n’a pas pour but la création de valeurs n’est pas un élément positif d’éducation11 ». Une telle constatation peut paraître tout à fait inattendue de prime abord de la part d’une pédagogie qui ambitionne d’adopter une approche communiste, ou du moins socialiste12. Il importe toutefois de noter que la situation économique de la colonie, lors de sa création, est fâcheuse et commande une réponse concrète pour se soustraire du besoin matériel. En 1920, la production relève par conséquent de l’impérieuse nécessité vitale. À la Colonie Gorki — qui se situe dans des terres rurales relativement isolées d’Ukraine —, le travail est de nature fondamentalement agricole et artisanale. L’élevage à la ferme, principalement porcin, y supplante largement toutes les autres activités agricoles et concourt, avec la culture de céréalière, à la rentabilité de la colonie ainsi qu’à la constitution de stocks. Les revenus couvrent les frais réguliers pour la nourriture et les vêtements des colons, et au-delà, financent l’achat d’équipements scolaires, de livres, d’instruments de musique pour l’orchestre, assurent la construction d’une scène destinée aux diverses représentations, pourvoient aux ressources allouées à l’aide aux anciens colons en difficulté et à l’octroi de bourses destinées à des études effectuées hors de la colonie, prennent en charge la remise d’argent de poche ou encore la délivrance du salaire des enfants. 

La pédagogie makarenkienne s’efforce de ne pas amalgamer l’école et l’atelier (ou l’usine). L’enseignement scolaire et le travail lié à la production se présentent comme deux composantes différenciées d’un processus unifié. Contrairement aux formes de travail à visée ludique privilégiées dans d’autres paradigmes éducatifs, le travail proprement productif inculque à l’enfant la responsabilité d’une tâche importante sur laquelle repose l’existence et le bon fonctionnement de la collectivité, sans omettre l’apprentissage spontané de la rigueur et de la discipline inhérentes à la maîtrise des compétences associées aux différentes activités — entretenir les infrastructures agricoles, garantir l’alimentation des animaux dans les délais requis, soigner les cultures et atteindre une production de qualité, etc. Finalement, l’éducation par la production s’est nettement parachevée en une éducation à la production : « dans le ton général, observe-t-il, on doit toujours sentir que chacun des pupilles et tous en bloc sont conscients de leur dignité de travailleurs, membres de la collectivité productive soviétique13 ». L’homme nouveau, au centre des considérations de Makarenko, est un authentique citoyen-producteur. 

En mai 1926, la colonie déménage dans un ancien établissement religieux, le monastère de Kouriaje14, près de Kharkov, et assimile une autre colonie d’enfants préalablement établie mais laissée à l’abandon. Une fois de plus, l’état des lieux et des enfants qui y vivent est critique. Cela dit, Makarenko peut dorénavant compter sur ses « gorkiens15 » pour instituer l’hygiène, la discipline et un rythme de travail. Suite à cette expansion, la colonie recense approximativement quatre cent jeunes pupilles. Ceux-ci recevront l’honneur d’une visite de leur figure tutélaire, Maxime Gorki, en 1928.

La Commune Dzerjinski (1928–1935).

En décembre 1927, Makarenko reçoit mandat de prendre la direction de la Commune Dzerjinski. Les mois qui suivent, il est remercié de ses fonctions à la Colonie Gorki par les autorités soviétiques d’Ukraine16, ce qui signifie qu’il ne conservera plus que la gestion de la seule commune. Le centre de rééducation est implanté entre la forêt et une campagne dégagée, est « établi sur un pied très chic », et dispose de vergers, d’un court de tennis ainsi que d’un terrain de croquet. À la mémoire de Dzerjinski, avait été antérieurement mise sur pied « une maison, un superbe édifice, une des plus belles œuvres d’un des architectes les plus renommés de l’U.R.S.S. [..] Les dortoirs étaient superbes, le vestibule magnifique, il y avait des salles de bain, des douches, des salles de classe spacieuses et belles. Les communards avaient été vêtus d’uniformes de drap cossu, et on nous avait dotés de réserves suffisantes17 ». Pourtant, à l’inverse de la Colonie Gorki, qui percevait une subvention, la commune — rattachée administrativement au NKVD — subsiste non sans mal lors de ses premiers temps. Pour l’essentiel, la commune ne vit que sur une retenue de la rémunération des tchékistes d’Ukraine18. Malheureusement, cette dernière ne possède pas de potager et est dépourvue de terres agricoles. Assurer le bien-être et le confort des cent soixante pupilles — dont cinquante filles — d’une tranche d’âge comprise entre 13 et 17 ans19 sera une tâche très délicate pour Makarenko et ses collaborateurs. 

Pour s’extraire de l’embarras matériel, avec le soutien de la collectivité entière,  son noyau actif de soixante gorkiens et l’ingéniosité de Solomon Borisovitch Kogan20, la commune s’oriente vers des activités productives de type artisanal et industriel. Au moyen d’un plan habile et d’une rationalisation de la production fondée sur la division du travail, la collectivité enfantine se lance dans la fabrication de mobilier — en l’occurrence, de chaises —, d’abord de facture médiocre, puis astucieusement perfectionnée. À l’issue de la première année de travail sous la direction de Solomon Borisovitch Kogan, déclare Makarenko, la commune pu « exprimer [sa] gratitude aux tchékistes et les prier de ne plus rien prendre sur leur salaire en [sa] faveur21 ». L’année suivante, la trésorerie enregistre « 600 000 roubles nets à [son] compte en banque22 ». La consécration de ce travail productif artisanal et de son résultat commercial se traduit par la mise à disposition de prêts bancaires en vue de la construction d’usines au sein de la commune. En 1931, une usine de fabrication de perceuses électriques voit le jour. En janvier 1934, la commune affiche un bénéfice net de 3,6 millions de roubles23, et les communards complètent leurs ambitions par le déploiement d’une seconde usine de production d’appareils photographiques conçus sur le modèle Leica II24. Les FED25 récoltent un succès incontestable, à un tel point qu’elles deviennent une référence en U.R.S.S. — jusqu’au milieu des années 1990, date des dernières productions de FED-5  — et se diffusent à l’international. Sur le registre purement comptable, ces usines gérées par des adolescents sont une réussite retentissante et sans équivoque. 

Pour ce qui est de la structure opérationnelle de la vie quotidienne à la Commune Dzerjinski, Makarenko va parfaire les pratiques relatives aux « organes d’auto-administration26 » déjà présentes à la Colonie Gorki. Permettons-nous une présentation succincte. Dans la communauté enfantine, l’apport déterminant n’est pas le fruit de l’enseignant, du chef de la production ou du directeur. Le levier principal du processus éducatif est avant tout la collectivité. La pédagogie de Makarenko ne s’appuie pas sur une intervention au niveau individuel27 — cette approche est récusée en raison de son orientation bourgeoise —, mais s’élabore à une échelle plus large : c’est la collectivité qui constitue le vecteur actif de formation de chacun. Comment Makarenko la définit-il ? « La collectivité, précise-t-il, c’est un ensemble orienté vers un but d’individualités organisées et disposant des organes d’une collectivité28 ». En d’autres termes, la collectivité est l’instance de la convergence ordonnée des buts communs et personnels. À cette fin, elle doit se munir de réelles institutions aux allures politiques bâties sur la participation du plus grand nombre et la rotation des élus. Le pilier de la collectivité est la Réunion Générale de tous les pupilles, qui tient séance deux fois par mois en temps normal, conférant à tous le droit d’assister aux débats, de s’y exprimer et d’exercer le droit de suffrage. Cette réunion est l’occasion d’inviter tous les enfants à s’impliquer dans la vie collective et à faire siens les devoirs afférents à la citoyenneté. Compte tenu de sa nature et de la fréquence de ses convocations, la Réunion Générale ne traite pas des affaires ordinaires qui incombent au Conseil de la collectivité. Le Conseil se rassemble au moins une fois par semaine et peut organiser une assemblée à tout moment. La composition de ce conseil repose majoritairement sur les commandants29, les présidents des commissions30, les directeurs et leurs adjoints, et les secrétaires du Komsomol31. L’organisation des jeunesses communistes occupe tout de même une position centrale de direction politique à l’intérieur de la collectivité.

Il serait loisible d’objecter que le dispositif gorkien est susceptible de provoquer une scission entre le corps collectif et les individus, singulièrement parmi ceux qui sont enclins à négliger de s’intéresser aux organes d’auto-administration, à confier fréquemment les charges de la représentation aux autres en s’abstenant de se porter candidat aux élections ou à se mettre à l’écart des divers cercles de la vie culturelle de la commune. Makarenko le concède volontiers : « il n’y a pas de passage direct de la collectivité tout entière à l’individu32 ». Entre la collectivité globale et l’individu, intervient à ce moment-là la notion de collectivité primaire par le truchement du système des détachements. La collectivité primaire peut prendre des formes variées comme la classe — dans le domaine strictement scolaire — ou le détachement, c’est-à-dire un groupe restreint, généralement d’un effectif de moins de 15 personnes, organisé conformément au principe de l’âge ou de la production33. Selon les observations de Makarenko à la Commune Dzerjinski, la mise en rapport des petits et des grands au sein d’un détachement rend possible une « transmission de l’expérience des aînés » profitant aux premiers et un développement « des qualités indispensables au citoyen soviétique34 » chez les seconds. Plus explicitement, le détachement est un agent de liaison dont les buts propres doivent s’inscrire dans l’ensemble de la collectivité. Pour être en mesure de fonctionner, le détachement procède à l’élection d’un commandant pour un mandat de trois à six mois. Si chaque détachement répond des individus qui en font partie, le commandant en assume l’entière responsabilité. Ainsi, tout commandant se doit d’être un travailleur d’exception, inséré dans les centres d’activités et jouir d’une réputation admirable. 

Makarenko a su procurer à ses pupilles un enseignement équivalent à l’école secondaire complète, ouvrant à nombre d’entre eux la voie vers l’université. Les activités éducatives complémentaires telles que le théâtre et le cinéma, la création de clubs culturels, artistiques et sportifs, l’organisation constante de fêtes, de défilés en uniforme ou de vacances collectives aspirent à faire du gorkien un être d’une polyvalence indéniable : c’est un élève instruit, raffiné et affûté, un travailleur efficace et compétent, un citoyen actif, dévoué et responsable. Par-dessus tout, le gorkien est un enfant ou un adolescent que l’on éduque à « la joie du lendemain35 ». La Colonie Gorki et la Commune Dzerjinski s’imposent légitimement comme des exemples majeurs d’aboutissement pédagogique.

« L’accumulation primitive de la pédagogie soviétique »36.

En mobilisant cette formule du philosophe hongrois Georg Lukács, il s’agit de restituer à la pédagogie de Makarenko ses conditions historiques et sociales d’apparition et de développement. En 1917, Lénine l’affirme sans ambages, « la Russie est l’un des pays les plus arriérés d’Europe. Le socialisme ne peut y vaincre tout de suite et spontanément ». Tout au plus, « le caractère paysan du pays peut […]faire de notre révolution le prologue de la révolution socialiste mondiale, une étape vers celle-ci37 » (souligné dans le texte). La solution ? Les bolchéviks font le pari de l’embrasement révolutionnaire des pays de l’ouest — une révolution allemande est le point nodal des projections d’avenir  — et de l’entrée en vigueur sans tarder du capitalisme monopoliste d’État décrit comme « la préparation matérielle la plus complète du socialisme, l’antichambre du socialisme38 » (souligné dans le texte). Seule l’aile gauche du parti, structurée autour de la très éphémère revue Kommunist39, dresse une critique de l’orientation léninienne. Ceux-ci, plus favorables au pouvoir des soviets, divergent radicalement quant à la méthode adéquate pour réaliser la « construction du socialisme ». Après la période du communisme de guerre (voir supra), Lénine recentre à nouveau sa politique économique vers le renforcement du capitalisme étatique perçu comme un mal nécessaire au rattrapage des nations les plus avancées. En 1923, le diagnostic est catégorique : « nous ne sommes pas assez civilisés pour pouvoir passer directement au socialisme, encore que nous en ayons les prémisses politiques40 ». Or, la transformation sociale, bien plus que de simples prémisses politiques, exige un fondement matériel et une maturité économique qui font de toute évidence gravement défaut à la société soviétique à peine dégagée du tsarisme. 

La naissance de l’homme nouveau, chère à Makarenko, ne saurait signifier une création ex nihilo par la force exclusive de la volonté humaine. Elle ne pourrait pas davantage être l’effet mécanique d’un processus historique autonome et hors du champ de l’action des hommes. Il s’ensuit que, d’une part, la pédagogie de l’avenir ne relève pas d’un feu prométhéen transmis par un quelconque cours providentiel des événements historiques, ce qui implique une genèse : l’exploration de pratiques inédites, l’interrogation critique, les fausses pistes et les découvertes décisives, etc. ; et que, d’autre part, la transformation sociale — le passage de la société à un autre mode de production — et la transformation individuelle — le développement civilisationnel des individus — ne doivent pas être conçues comme deux pôles contraires à concilier, mais bien comme les deux niveaux indissociables d’une même réalité41. En ce sens, le système gorkien s’apparente à l’accumulation primitive d’une forme d’éducation nouvelle portée par un contexte révolutionnaire où le « socialisme » n’existe que comme horizon plus ou moins lointain. Dès lors, il nous appartient de conserver une posture critique à l’égard de certaines prétentions qui, quoique admissibles dans une ambiance où la rudesse des épreuves n’a d’égale que la passion et l’exaltation suscitées par l’idée de changer le monde, restent néanmoins injustifiables sur le plan de l’analyse concrète. Entre autres, lorsque Makarenko atteste être « intimement persuadé qu’ici, à la colonie, nous avons la plus véritable pédagogie soviétique, et bien plus : que nous donnons chez nous l’éducation communiste42 » (souligné par nous), il est primordial de distinguer la nature effective de la pédagogie makarenkienne de la conscience qu’elle s’efforce souvent de façonner d’elle-même, puisque les conditions de l’émergence de l’éducation — et, à ce titre, de l’homme — communiste ne peuvent prendre corps là où sont manifestement absentes celles de la société communiste.

Désigner l’œuvre de Makarenko par le terme « accumulation primitive » peut suggérer chez le lecteur une connotation dépréciative. Entendons-nous donc : les réalisations éducatives à la Colonie Gorki et à la Commune Dzerjinski sont irréductibles à une suite d’improvisations adroites ou à un bricolage, fût-il génial, menés par un instituteur en marge. La pédagogie makarenkienne, bien que très enrichie par et dirigée vers la pratique, n’est pas exempte de tout fondement doctrinal. Il va de soi que la littérature de Gorki est une source considérable d’enracinement de la pensée pédagogique de Makarenko dans la théorie. On ne peut nier, par ailleurs, l’influence des réflexions de Lénine, et plus crucialement celles de Marx et Engels sur l’éducation polyvalente et polytechnique. Les considérations marxiennes sur l’éducation, tout en n’étant pas particulièrement méconnues, sont cependant rarement abordées de manière générale. Dans le Manifeste communiste, la dixième mesure révolutionnaire provisoire avancée stipule : « Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Suppression du travail des enfants en usine sous sa forme actuelle. Combinaison de l’éducation et de la production matérielle, etc., etc.43 » (souligné par nous). La perspective de l’articulation d’une éducation polyvalente — physique et intellectuelle — avec une éducation polytechnique, « initiant les enfants et les adolescents au maniement des instruments élémentaires de toutes les branches d’industrie44 », intrinsèquement liée à la production sociale, répond chez Marx à une double finalité inextricablement politique et anthropologique. En premier lieu, Marx note dans le Capital que « l’éducation de l’avenir, qui associera pour tous les enfants au-delà d’un certain âge le travail productif à l’enseignement et à la gymnastique » sera « l’unique méthode pour produire des hommes dont toutes les dimensions soient développées45 » (souligné par nous). À l’instar de Makarenko, Marx semble convaincu que le développement le plus complet des individus est solidaire d’une éducation intellectuelle et culturelle, d’une instruction sportive soutenue ainsi que d’une formation industrielle polytechnique. En second lieu, à propos de l’interdiction du travail des enfants contenue dans le Programme de Gotha au congrès de fondation du SAP (Parti socialiste ouvrier d’Allemagne) en 1875, Marx considère cette revendication comme entièrement « réactionnaire », attendu que nouer « dès le plus jeune âge un lien entre le travail productif et l’instruction est un des plus puissants moyens de transformation de la société actuelle46 » (souligné par nous). Dit autrement, le travail productif des enfants et des adolescents dans l’espace éducatif — scrupuleusement contrôlé et réglementé, en contraste avec le supplice du travail infantile dans la société capitaliste du XIXe siècle —, sans ignorer son caractère socialement utile, participe de la révolution dans une acception étendue. Cet axe directeur est à l’origine de la conception du travail dans les colonies de Makarenko. D’un autre côté, en l’absence d’exposé systématique sur l’éducation, les quelques indications que l’on décèle çà et là dans les textes de Marx et Engels appellent à l’ouverture d’un immense chantier théorique pour tracer les contours de l’école de demain. 

Le système gorkien, fermement appuyé sur ses préceptes pédagogiques, constitue également une école de pensée en germe qui vise à se démarquer des autres approches en vogue à l’époque, notamment la pédologie47. Recevant la visite de deux étudiantes missionnées par l’Institut Pédagogique de Kharkov, le Poème pédagogique raconte le déroulement de la rencontre autour d’un dialogue,  l’une d’elles s’exprime : 

« — Avez-vous un cabinet de pédologie ? 

— Non, nous n’en avons pas. 

— Mais alors, comment étudiez-vous la personnalité ? 

— La personnalité de l’enfant ? demandais-je, de l’air le plus sérieux possible.

— Oui, bien sûr, la personnalité de vos pupilles. 

— Et pourquoi l’étudier ?48 ».

Cette réplique de Makarenko représente une défense de son canon pédagogique selon lequel, nous avons pu le constater, il n’est pas question de faire du concept de la personnalité un objet d’étude déterminé ni de se pencher sur la personnalité singulière, comprise en dehors de la collectivité, de chacun des pupilles. Elle peut aussi être vue comme révélatrice de certaines limites d’un paradigme qui, fort de ses réussites pratiques, risque de se priver d’influences potentiellement fécondes qui lui sont extérieures.

DE LA DISGRÂCE À LA RECONNAISSANCE OFFICIELLE

« Je suis un intellectuel ordinaire, un instituteur ordinaire ». – MAKARENKO, Anton. Problèmes de l’éducation scolaire soviétique. Moscou : Éditions du Progrès, 1965.

Une reconnaissance tardive en U.R.S.S.

Les relations de Makarenko avec les autorités soviétiques sont pour le moins complexes. Hors du parti, ne s’engageant qu’avec la plus grande prudence dans l’introduction de cellules du Komsomol dans la collectivité enfantine, attaché à la dimension morale de la pédagogie, Makarenko cultive certaines tensions avec le système éducatif soviétique. En 1928, son départ de la Colonie Gorki est en fait une éviction politique : Makarenko se trouve lourdement mis en cause au cours du VIIIe congrès du Komsomol pour ses méthodes pédagogiques. Nadejda Kroupskaïa, figure centrale des institutions pédagogiques du nouveau régime, déclame de virulentes accusations durant sa prise de parole. Les principes makarenkiens seraient la violence sur les enfants, une discipline excessivement sévère, et tributaires d’une idéologie bourgeoise non-soviétique49. La correspondance de Makarenko avec Maxime Gorki témoigne de cette querelle contre les instances dirigeantes :

On vous amène un gars en loques, qui a même désappris à marcher, et il faut en faire un homme. Je fais grimper sa confiance en lui. J’éduque en lui le sentiment du devoir envers lui-même, envers sa classe, envers l’humanité. Je lui parle de son honneur d’homme et de travailleur. Or, il s’avèrerait que tout cela n’est qu’hérésie : il faut éduquer la conscience de classe (entre nous, apprendre à répéter bêtement le manuel d’éducation politique).

Lettre de Makarenko à Gorki, 1928.

Toute cette entreprise de discrédit contre le système gorkien conduit au remaniement de la Colonie Gorki et à la mutation de Makarenko dans la Commune Dzerjinski sous le contrôle du NKVD. Dans une autre lettre, datée du 18 septembre 1934, Makarenko évoque à Gorki « l’adversité de quelques personnes du NKP en particulier » et, en somme, « l’attaque du NKP contre [s]on travail »50.

Malgré tout, le travail éducatif de Makarenko à la Commune ainsi que ses qualités littéraires sont formellement reconnus. Le premier film parlant soviétique, réalisé par Nikolai Ekk, paraît sous le titre Le Chemin de la vie51 en 1931 et inscrit l’expérience gorkienne dans l’univers du cinéma. Membre de l’Union des Écrivains Soviétiques dès 1934, il est investi des fonctions de vice-directeur de la Section des Colonies de Travail52, à Kiev, en 1935. Légèrement plus tard, le 5 mai 1936, le Comité Central du Parti Communiste Russe « déclare officiellement orthodoxe la pédagogie de Makarenko, contre ses adversaires53 ». De cette institutionnalisation, Makarenko finit progressivement par atteindre le rang du mythe soviétique. 

La fin des années 1930 est la conclusion de toute l’ascension politique et culturelle de Makarenko. Il quitte Kiev pour Moscou, donne des conférences dans la capitale auprès du public et édite les Drapeaux sur les tours54 afin de faire connaître son travail avec les enfants de la Commune Dzerjinski. En janvier 1939, Makarenko est décoré de l’Ordre du Drapeau rouge du Travail55 par le Présidium du Soviet suprême. Victime de son état de santé dégradé, Makarenko décède soudainement le 1er avril 1939 d’une crise cardiaque au jeune âge de 53 ans. 

Un pédagogue à l’héritage international partiel.

La pensée pédagogique makarenkienne a su s’exporter en dehors de l’U.R.S.S. et des pays « socialistes » de manière variable. En 1988, l’UNESCO classe Anton Makarenko parmi les grands pédagogues du XXe siècle aux côtés de John Dewey, Maria Montessori et Georg Kerschensteiner. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les œuvres de Makarenko sont massivement traduites et diffusées en Italie, en Allemagne et en France. Elles bénéficient d’une formidable réception, critique et partisane, qui lui offre une place dans les débats pédagogiques de l’époque.

Pour ce qui est de l’introduction de Makarenko en France, ce sont les relais militant et intellectuel qui se chargent de le faire connaître. Célestin Freinet56, bien qu’il formule des critiques notoires à l’endroit du système gorkien, contribue à sa popularisation. La psychologue Irène Lézine, élève et collaboratrice d’Henri Wallon57, lui consacre une étude dès 1954. Plus tard, c’est le philosophe communiste Georges Snyders58 qui entreprend de mobiliser les principes pédagogiques de Makarenko.

Dans ce cas, qu’est-ce qui explique notre choix de parler d’un héritage international « partiel » ? Pédagogue très actuel, l’actualité autour des principes pédagogiques de Makarenko est pourtant de nos jours marginale dans le milieu académique français59. Une fois passé l’engouement relatif des années 1950 à 1970, sa postérité décline peu à peu et les références à son œuvre vont s’éclipser du paysage intellectuel. Faute d’un ancrage suffisamment durable, Makarenko est devenu un inconnu de renom.

Makarenko :  une réponse à la crise contemporaine du système scolaire ?

Tout le monde, ou presque, s’accorde sur le triste constat d’une baisse générale du niveau des élèves en France depuis les années 1960. Question suggestive, mais aucunement oratoire, se pourrait-il que la pédagogie makarenkienne nous soit d’une quelconque utilité face à la crise de l’école ? Nous le pensons. 

Son atout majeur est le refus résolu de toute forme de renoncement à nos devoirs éducatifs envers les élèves, renoncement à double face qui caractérise le Janus du défaitisme scolaire : l’élitisme et le laxisme. Que ce soit, dans l’environnement pédagogique de l’élitisme, la conception de l’école comme espace de compétition sélective d’où les « doués » ressortent inéluctablement vainqueurs et les « non-doués » sont condamnés à une orientation professionnelle précoce ; ou bien, dans celui du laxisme, qui fait splendidement fi de toute ambition intellectuelle pour les élèves, à grands renforts d’une doxa compassionnelle de l’égalitarisme de façade, et préservant par là tout à fait intactes les inégalités préexistantes, le système institutionnel choisit la résignation devant l’échec scolaire. D’un côté, cet échec retombe sur les épaules de l’élève sommairement gratifié de « non-doué » par transfert de responsabilité. De l’autre, il est rendu formellement impossible et sa réalité est ensevelie sous la masse d’un pieux mensonge absolument indigne. 

Tout autrement, avec Makarenko, nous l’avons vu, la logique de l’exigence est toujours inscrite dans une situation pédagogique concrète, de telle sorte que l’on ne peut initialement exiger autant du jeune délinquant que d’un pair ordinaire. De fait, les inégalités de départ ne sont pas simplement niées et artificiellement diluées dans le creux discours sur l’égalité des chances. Par contre, cette logique présuppose une visée extensive, parce qu’à mesure que l’élève révèle ses capacités, l’estime qui lui est due s’en trouve grandie et avec elle les exigences amplifiées ; in fine, l’école doit avoir la plus haute exigence pour tous et non pour quelques-uns, il s’agit là d’une question de respect. Pour Makarenko, « éduquer l’homme, c’est former en lui les perspectives60 », des buts immédiats, intermédiaires et lointains qui animent quotidiennement la communauté d’enfants et d’étudiants. Plus nous cultiverons l’exigence, plus ces perspectives seront formées avec ambition. 

Les présentes indications ne nous invitent-elles pas à une proposition elle-même structurellement plus ambitieuse ? La dégradation critique des institutions scolaires contemporaines est annonciatrice d’un tournant civilisationnel. Le problème à poser est celui-ci : refonte ou effondrement de l’école républicaine ? Si nous faisons le choix de l’optimisme, le système gorkien affiche les avantages probants d’une collectivité scolaire, économiquement et socialement insérée dans la collectivité nationale, qui pousse chaque élève et chaque instituteur à une incessante quête de l’excellence, y compris sur des aspects dont la portée pédagogique apparaît subitement insoupçonnée, comme la « mise en scène esthétique de la vie61 » — le beau doit accompagner la joie d’apprendre. 

Dans cet article, nous nous sommes bornés, faute de mieux, à un travail descriptif concernant la vie et l’œuvre de Makarenko. Aussi, notre interrogation restera momentanément programmatique, rappelant l’impératif d’un vaste travail exploratoire et pluridisciplinaire pour que le gorkisme ne soit pas réduit à une pièce du musée de l’histoire de l’éducation et qu’il puisse enfin revendiquer son statut de modèle pratique actuel et prospectif. 

L’heure est à une école authentiquement démocratique où l’infortuné, le rétif et le fautif auront la possibilité de « se dégager du fardeau de sa biographie62 ».

***

AYRAULT, Jean-Paul. Anton Makarenko : une expérience pédagogique au cours de l’édification du socialisme. Parthenay : Éditions Inclinaison, 2023.

HOUSSAYE, Jean (dir.). Quinze pédagogues : leur influence aujourd’hui. Paris : Armand Colin, 1994.

HOUSSAYE, Jean (dir.). Quinze pédagogues : textes choisis. Paris : Bordas, 2000.

JEANNE, Yves. « Anton Makarenko : un art de savoir s’y prendre ». Reliance, n° 17, vol. 3, 2005, p. 144-150. ISSN 1765-0862. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-reliance-2005-3-page-144.htm.

LÉZINE, Irène. A.S. Makarenko, pédagogue soviétique (1888-1939). Paris : Presses Universitaires de France, 1954.

LUKÁCS, Georg. L’édification socialiste et la genèse de l’homme nouveau. Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Morbois. Paris : Éditions Sociales, 1951.

MAKARENKO, Anton. Œuvres en trois volumes. Traduites du russe par Jean Champenois. Moscou : Éditions du Progrès, 1967.

MAKARENKO, Anton. Problèmes de l’éducation scolaire soviétique. Moscou : Éditions du Progrès, 1965.

MAKARENKO, Anton. Makarenko, His Life and Work: Articles, Talks and Reminiscences. Traduit du russe par Bernard Isaacs. Moscou : Foreign Languages Publishing House, 1964.

VEXLIARD, Alexandre. «  L’éducation morale dans la pédagogie de Makarenko  ». Enfance, vol. 4, n° 3, 1951, p. 251‑268. Disponible sur : https://www.persee.fr/doc/enfan_0013-7545_1951_num_4_3_1189.

  1. Nous avons sciemment choisi d’encadrer les expressions « construction du socialisme » et « édification de la société socialiste » par des guillemets afin de marquer une distance critique vis-à-vis de la qualification socialiste ou communiste attribuée à l’U.R.S.S. Ces termes renvoient exclusivement au vocabulaire des acteurs historiques de l’époque. ↩︎
  2. Ouvrage de Makarenko publié entre 1933 et 1935 qui relate, dans un style orné, l’expérience de rééducation au sein de la Colonie Gorki : in MAKARENKO, Anton. Œuvres en trois volumes. Tome I : Poème pédagogique. Traduites du russe par Jean Champenois. Moscou : Éditions du Progrès, 1967. Réédité sous le titre Le chemin de la vie : épopée de la pédagogie soviétique (Poème pédagogique). Traduit du russe par Jean-Pierre Morbois. Paris : Éditions Delga, 2019. ↩︎
  3. Enfants placés sous la responsabilité d’institutions éducatives ou de l’Etat. ↩︎
  4. Le terme pionnier est ici usité en tant que synonyme de « premiers colons » et ne se rapporte pas au Mouvement des pionniers — la version soviétique du scoutisme — qui ne verra le jour qu’en mai 1922. ↩︎
  5. Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 55. ↩︎
  6. Traduction personnelle. Le passage original en anglais : « One of Makarenko’s hard and fast rules of pedagogical tactics was to completely bury the colonists’ past, especially their crimes. What interested him was not their past, but their future ». MEDINSKY, Evgeni Nikolaevich. « The Gorky Labour Colony ». In Makarenko, His Life and Work: Articles, Talks and Reminiscences. Traduit du russe par Bernard Isaacs. Moscou : Foreign Languages Publishing House, 1964, p. 17. ↩︎
  7. Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 74. ↩︎
  8. MAKARENKO, Anton. Œuvres en trois volumes. Tome I : Poème pédagogique, op.cit., p. 27. ↩︎
  9. Ibid, p. 28. ↩︎
  10. Concernant l’incident avec le pupille Zadorov et la leçon pédagogique que Makarenko en retire, le lecteur est convié à se référer à « My experience ». In Makarenko, His Life and Work: Articles, Talks and Reminiscences, op. cit., p. 253, Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 72 et Les Drapeaux sur les tours, in Œuvres en trois volumes. Tome II, op.cit., p. 476. ↩︎
  11. Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 119. ↩︎
  12. Selon la terminologie contemporaine usuelle, héritée de la social-démocratie germanique, le mot « socialisme » s’est subrepticement substitué à l’expression « première phase de la société communiste » de Marx dans la Critique du programme de Gotha (1875), et indique, de ce fait, une société post-révolutionnaire encore immature quant à ses fondations économiques et sociales, c’est-à-dire non intégralement développée. ↩︎
  13. Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 234. ↩︎
  14. Quinze pédagogues : leur influence aujourd’hui, op. cit., p. 168. ↩︎
  15. Surnom des pupilles de la Colonie Gorki. ↩︎
  16. Voir infra. ↩︎
  17. Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 121. ↩︎
  18. Ibid. ↩︎
  19. Makarenko, His Life and Work: Articles, Talks and Reminiscences, op. cit., p. 31. ↩︎
  20. Un homme décrit par Makarenko comme « dénué de tout principe sous le rapport pédagogique, mais extraordinairement énergique », devenu chef de la production de la commune. 
    « En arrivant à la commune, il dit : 
     — Comment ? 150 communards, 300 bras, ne sont pas fichus de gagner leur soupe ! Est-ce possible ? Ils doivent être capables de gagner leur vie, et il ne peut pas en être autrement ». In Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 123. ↩︎
  21. Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 126. ↩︎
  22. Ibid. ↩︎
  23. Makarenko, His Life and Work: Articles, Talks and Reminiscences, op. cit., p. 33. ↩︎
  24. Introduit en 1932 par la marque allemande Leica — Leitz camera — , le Leica II est un appareil photographique doté d’un télémètre, loué pour la précision de ses mesures et son caractère novateur. ↩︎
  25. Nom des modèles d’appareils photographiques de la commune selon les initiales de son parrain symbolique Félix Edmoundovitch Dzerjinski. Le lecteur pourra utilement se reporter à un texte de Jacques Morin in AYRAULT, Jean-Paul. Anton Makarenko : une expérience pédagogique au cours de l’édification du socialisme. Parthenay : Éditions Inclinaison, 2023. Annexe V, « Historique de FED », pp. 89–91., et à une page dédiée en ligne sur Wikilivres : Photographie/Fabricants/FED — Wikilivres. ↩︎
  26. Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 165. ↩︎
  27. Ce qui n’exclut nullement les correctifs et accommodements pour chaque cas particulier. ↩︎
  28. Ibid, p. 139. ↩︎
  29. Voir infra. ↩︎
  30. Par exemple la commission sanitaire, qui veille à la propreté, l’hygiène et la santé de la commune et des pupilles. ↩︎
  31. Le Kommounisticheski soyuz molodioji, dont la siglaison est Komsomol, est l’organisation des jeunesses communistes du parti de 1918 à 1991. ↩︎
  32. Ibid, p. 88. ↩︎
  33. Ibid, p. 157. ↩︎
  34. Ibid, p. 159. ↩︎
  35. Ibid, p. 225. ↩︎
  36. « On peut donc, en exagérant un peu, dire que Le Chemin de la Vie de Makarenko est l’histoire de l’ “accumulation primitive” de la pédagogie soviétique ». LUKÁCS, Georg. L’édification socialiste et la genèse de l’homme nouveau. Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Morbois. Paris : Éditions Sociales, 1951, p. 11. ↩︎
  37. LÉNINE, Vladimir. Lettre d’adieu aux ouvriers suisses [en ligne]. Rédigé le 26 mars (8 avril) 1917, publié le 1er mai 1917 dans Jugend Internationale, n°8, revue de la Jeunesse socialiste suisse. Disponible sur : Lénine : Lettre d’adieu aux ouvriers suisses. ↩︎
  38. LÉNINE, Vladimir. La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer. Peut-on aller de l’avant si l’on craint de marcher au socialisme ? [en ligne]. 10 septembre 1917. Disponible sur : https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170910k.htm. ↩︎
  39. Entre les mois d’avril et juin 1918, paraîtront quatre numéros. La revue compte parmi ses rédacteurs principaux N. Boukharine, N. Ossinski, K. Radek ou encore V. M. Smirnov. ↩︎
  40. LÉNINE, Vladimir. Mieux vaut moins, mais mieux [en ligne]. Publié initialement dans Pravda, n°49, 4 mars 1923. Texte présenté au XIIᵉ congrès du Parti communiste de Russie. Disponible sur : Lénine : Mieux vaut moins mais mieux (4.3.1923). ↩︎
  41. « L’histoire sociale des hommes n’est jamais que l’histoire de leur développement individuel ». MARX, Karl. Lettre à Pavel Vasilyevich Annenkov du 28 décembre 1846. ↩︎
  42. Œuvres en trois volumes. Tome I : Poème pédagogique, op.cit., p. 393. ↩︎
  43. MARX, Karl et ENGELS, Friedrich. Manifeste du parti communiste. Présentation et traduction par Émile Bottigelli, revue et augmentée par Gérard Raulet. Paris : GF Flammarion, 1998, p. 101. ↩︎
  44. Instructions pour les délégués du Conseil central provisoire de l’A. I. T. sur les différentes questions à débattre au Congrès de Genève (3-8 septembre 1866). ↩︎
  45. MARX, Karl. Le Capital (1867), trad. Jean-Pierre Lefebvre, Paris, Editions sociales, 2016, pp. 466-467. ↩︎
  46. MARX, Karl. Critique du programme de Gotha (1891). Édition établie par Sonia Dayan-Herzbrun & Jean-Numa Ducange, traduction par Sonia Dayan-Herzbrun. Paris : Éditions Sociales, coll. GEME, 2008, p. 79. ↩︎
  47. La pédologie est une discipline qui tend à être une science générale de l’enfant étudiant son développement physique, psychique et social. En U.R.S.S., la pédologie tient une place de choix dans les années 1920 avant de connaître une fin brutale en 1936 lors de son interdiction par décret. L’un de ses représentants les plus fructueux en Russie est le psychologue Lev Vygotski. Son œuvre fut trop longtemps mise sous silence par le régime stalinien. ↩︎
  48. Œuvres en trois volumes. Tome I : Poème pédagogique, op.cit., p. 288. ↩︎
  49. Sur la discrète rivalité entre Makarenko et Kroupskaïa, les sources en langues françaises sont dérisoirement ténues. Les travaux, en langues étrangères,  de Götz Hillig — historien allemand de la pédagogie et ancien directeur du laboratoire « Makarenko-Referat » à l’Université de Marbourg — font références. ↩︎
  50. Le NKP est l’abréviation de Narodny Komissariat Prosveshcheniya, le Commissariat du Peuple à l’Éducation, autrement nommé de sa contraction syllabique Narkompros. ↩︎
  51. EKK, Nikolai, dir. Le Chemin de la vie (Putëvka v zhizn). Moscow: Mezhrabpomfilm, 1931. ↩︎
  52. Quinze pédagogues : leur influence aujourd’hui, op. cit., p. 169. ↩︎
  53. Ibid. ↩︎
  54. Suite du Poème pédagogique de 1933-1935. ↩︎
  55. Homologue civil de l’Ordre du Drapeau rouge, l’Ordre du Drapeau rouge du Travail est une éminente distinction de la période soviétique réservée aux citoyens et collectifs de production. ↩︎
  56. Célestin Freinet (1896-1966) est un pédagogue français, adhérent du Parti Communiste – SFIC avant la seconde guerre mondiale, rattaché au courant des pédagogies actives de « l’éducation nouvelle ». Avec son épouse Elise Freinet, ils ont élaboré un ensemble de « techniques » qui forment leurs principes éducatifs. ↩︎
  57. Henri Wallon (1879-1962) est un illustre psychologue, résistant et homme politique communiste français. Son nom évoque assurément celui de Paul Langevin (1872-1946), les deux intellectuels ayant présidé la Commission ministérielle d’études pour la réforme de l’enseignement à la Libération. ↩︎
  58. Georges Snyders (1917-2011) est un philosophe et sociologue de l’éducation communiste français réputé pour son ouvrage La joie à l’école. ↩︎
  59. Le moteur de recherche des thèses françaises ne comptabilise que deux résultats pour une requête comprenant « Anton Makarenko » : une thèse de lettres soutenue en 2005 par Laure Thibonnier-Limpek intitulée Idéal et réalité dans la civilisation russe à travers les œuvres pédagogiques de N. I. Novikov (1744-1818) et A. S. Makarenko (1888-1939), et une thèse en sciences de l’éducation soutenue en 2016 par Jean Rakovitch sous le titre Makarenko, l’écrivain, le combattant et le pédagogue : fiction(s) et pédagogie. ↩︎
  60.  Problèmes de l’éducation scolaire soviétique, op. cit.,  p. 225. ↩︎
  61. Lettre de Makarenko à Gorki, 1928. ↩︎
  62. LEONTIEV, Alexis. Activité, conscience, personnalité. Traduit du russe par Geneviève Dupond et Gilbert Molinier. Préface de Denis Lemercier-Kühn. Postface de F. Vassiliouk et V. Zintchenko. Paris : Delga, 2022, p. 202. ↩︎

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